Nabucco : Le propos des metteurs en scène


Gérard Demierre et Jean-Philippe Guilois, le metteurs en scène de cette production de l’opéra Nabucco s’expriment sur leurs choix narratifs et esthétiques, mettant en évidence la valeur mythique, universelle et donc actuelle de cet épisode biblique.

Que faire de Nabucco? L’écueil n’est pas mince. L’ouvrage est en effet trop associé aux grands péplums qui font le bonheur des théâtres antiques et des gros festivals. Nous avons décidé de s’extraire de la monumentalité, pour faire mieux vibrer les sentiments intimes ou patriotiques des protagonistes et du peuple.

Car c’est d’abord une histoire d’esclavage, celle d’un peuple pris sous le joug  d’un tyran qui se prend pour un dieu! C’est aussi l’histoire de deux peuples qui veulent s’égorger parce qu’ils ont des dieux différents!

Un ouvrage dense, mêlant le religieux à la politique, le pouvoir à l’ambition, dans  un monde troublé et déchiré qui fait écho à la résonance du monde d’aujourd’hui : le monde compte plus de 65 millions de personnes déplacées en raison de violences et de persécutions !

Nabucco, un opéra politique

Nous voudrions raconter l’histoire d’un homme qui s’appelle Nabucco. C’était un homme politique, qui a utilisé le pouvoir pour détruire son pays et réduire sa population à l’esclavage; il est comparable à un tyran de notre époque. C’est un homme qui a cultivé et accru son pouvoir jusqu’à s’autoproclamer Dieu. Ce délire de toute-puissance a pris une dimension à ce point obsessionnelle qu’il en est devenu fou: et c’est justement dans cet état de démence, lorsqu’il perd son pouvoir, que Nabucco retrouve l’humanité perdue. A travers son parcours dans la folie, il arrive à comprendre le sens de la spiritualité véritable: son âme s’éveille, comme après un rêve, et il découvre qu’il est tout simplement un homme.

De nos jours, de nombreux hommes politiques connaissent la même folie,  et nous nous demandons s’ils arriveront un jour à un même état de réveil.

Nous avons la volonté de supprimer le contexte biblique en visant à la place un cadre indéterminé, mais plus reconnaissable du 20e siècle. Il n’y a pas de coups de foudre et pas d’idoles adorées; les miracles ne sont pas divins, mais réalisés par des mains humaines et intervention directe. C’est un drame humain, sans contexte réel. Il y a la place pour une plus grande crédibilité à trouver dans la richesse émotionnelle généreuse de la partition de Verdi, mais il faut développer les personnages et leurs relations. Plutôt que de fermer le conflit dans une actualisation déplacée, nous l’avons ouvert à l’universalité.

La scénographie tourne autour d’une spirale qui représente l’orgueil humain, la tentative de l’homme de se hisser à la hauteur de sa divinité. La spirale  descendante peut représenter le descente de Dieu en l’homme et la spirale ascendante la montée de l’homme vers Dieu, c’est une alchimie spirituelle ! Mais elle peut devenir une spirale infernale, rapide et incontrôlable !

Gérard Demierre & Jean-Philippe Guilois, Metteurs en scène


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